PORTRAIT DU PASTEUR ET RESISTANT ANDRE TROCMÉ

 André Trocmé et sa femme Magda

André Trocmé et sa femme Magda

Durant la Seconde Guerre mondiale, le pasteur André Trocmé (1901-1971), sa femme Magda et les habitants de Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) ont protégé et évacué plus de trois mille juifs. 

Chambon-sur-Lignon : un village des monts du Vivarais, dans le massif central, au climat rude. Ses habitants sont les descendants des Camisards, ces protestants des Cévennes, qui, après la révocation de l'édit de Nantes en 1685, ont résisté aux exactions des dragons du Roi (Louis XIV) et à la conversion forcée en cachant leurs pasteurs et en continuant à célébrer des cultes dans des endroits isolés.  

Une tradition de résistance, pacifique cette fois-ci, que vont reprendre à leur compte le pasteur André Trocmé, et son épouse d'origine italienne, Magda. Deux tempéraments entreprenants et bouillonnants (on les surnomme "le Vésuve" et "le Stromboli" !).

Durant la Seconde Guerre mondiale, le couple met en place un réseau très organisé pour cacher et faire fuir vers la Suisse des enfants juifs, avec l'aide du maire, du directeur de l'école, du médecin, du chef de la résistance locale et des habitants. 

Le collège cévenol, l'établissement privé qu'il a fondé et qui promeut les valeurs de non-violence et de paix, passe de 18 à 350, puis à 800 élèves. Hôtels, pensions, maison d'enfants, fermes environnantes offrent refuge à plus de trois mille juifs (plus deux mille autres réfugiés : républicains espagnols, réfractaires au travail obligatoire). Le rucher d'un couple de paysans est transformé en atelier de fabrication de faux-papiers. 

Avec l'appui d'une association Quaker, de l'Armée du salut, d'Églises protestantes américaines, du Mouvement international de réconciliation, de la Cimade (association oecuménique), notamment, le village organise la filière vers la Suisse, avec des relais dans des églises catholiques de Haute-Savoie. 

En 1942, le ministre de la jeunesse du gouvernement de Vichy effectue une visite officielle dans le village. Les bâtiments ne sont pas pavoisés. Les élèves du collège Cévenol lui remettent une lettre dans laquelle ils protestent contre la rafle du Vel d'Hiv' à Paris qui vient d'avoir lieu. Furieux, le ministre et le préfet font convoquer le pasteur par le chef de la police qui lui réclame la liste de tous les juifs recueillis par la paroisse. Il leur répond : "Je suis leur berger, ce n'est pas à moi de les livrer". 

A plusieurs reprises, les forces de police investiront le village pour rafler les juifs, mais ils ne trouveront personne (sauf une fois). Des appels téléphoniques anonymes les préviennent à l'avance. C'en est trop pour les autorités qui décident d'arrêter le pasteur et le directeur de l'école. Au moment où il sont embarqués, les voisins se rassemblent pour entonner le célèbre cantique de Martin Luther "C'est un rempart que notre Dieu". Internés près de Limoges, ils refusent de signer la déclaration d'obéissance au gouvernement de Vichy. Devant leur influence grandissante dans le camp, leurs gardiens préfèrent les libérer.

A son retour, André Trocmé est obligé de prendre le maquis. Après la guerre, il prend la direction du Mouvement international de la réconciliation qu'il conservera jusqu'à sa mort. En 1971, l'Etat d'Israël souhaite attribuer à André et Magda Trocmé la distinction de Justes parmi les nations. Le pasteur la refuse à titre personnel et souhaite la voir décerner à tous les habitants de Chambon-sur-Lignon. Il meurt quelques jours avant la cérémonie. La médaille est remise à Magda.